samedi 27 juin 2009

Pour peindre


Itinéraires

On fait souvent des rêves insensés de vouloir courir le monde jusqu’au jour où c’est à tout rompre alors on part.

Pour peindre, je m’installe dans la pièce où a été aménagé un autel sur lequel sont placées une photo de mon père et de ma mère.

Une présence est là qui signe en même temps une absence.

Quels chemins ont conduit mes pas en ce lieu ; venu ici me perdre pour mieux m’y retrouver ? Ou simplement, me trouver. Toujours est-il, on rencontre parfois quelqu’un au détour d’un hasard et se passe dans cette rencontre toute une vie.

M’isolant dans ce lieu servant d’atelier, j’y retrouve les bols contenant l’encre ou le brou de noix ; les petites coupelles pour les pigments : terre d’ombre,

bleu céruléum, indigo ou noir de vigne…. Les pinceaux chinois côtoient de fines brindilles de bambou et les calames. Sur la table, je prépare les feuilles de papier « do ».

Ce papier artisanal est encore fabriqué comme autrefois dans un village près de Hanoi à partir des fibres d’un arbre. Le papier façonné à la forme est vendu en feuilles de tailles variables. J’affectionne de travailler dans des formats carrés que je dois donc préparer.

Le pinceau chargé d’encre vient tracer à la surface vierge du papier un premier trait. Le premier trait crée. Il divise l’espace, donne la direction, engendre l’acte et donne naissance à l’image. Entre le plein et la vacuité, s’ouvre un espace infini au regard. Moment où le cœur se serre lorsque ayant avancé la main, on se retire pour être spectateur de cette image jusque là inconnue.

Spectateur de cette image de moi et la donner à voir pour être plus près des autres. Instituer l’autre comme spectateur de cette image qui par là finit d’être de moi.



Et m’étant perdu sur mes pas, me voici étonné de voir une présence dans la trace de cette absence.

Car peindre est un acte d’amour.