mardi 18 juin 2013

Lecture ( Molloy . Samuel Beckett )


" Je profitai de ce séjour pour m'approvisionner en pierres à sucer. C'étaient des cailloux mais moi j'appelle ça des pierres. Oui, cette fois-ci, j'en fis une réserve importante. Je les distribuai avec équité entre mes quatre poches et je les suçais à tour de rôle. Cela posait un problème que je résolus d'abord de la façon suivante. J'avais mettons seize pierres, dont quatre dans chacune de mes quatre poches qui étaient les deux poches de mon pantalon et les deux poches de mon manteau. Prenant une pierre dans la poche droite de mon manteau, et la mettant dans ma bouche, je la remplaçais dans la poche droite de mon manteau par une pierre de la poche droite de mon pantalon, que je remplaçais par une pierre de la poche gauche de mon pantalon, que je remplaçais par une pierre de la poche gauche de mon manteau, que je remplaçais par la pierre qui était dans ma bouche, dès que j'avais fini de la sucer. Ainsi il y avait toujours quatre pierres dans chacune de mes quatre poches, mais pas tout à fait les mêmes pierres. Et quand l'envie me reprenait de sucer je puisais à nouveau dans la poche droite de mon manteau, avec la certitude de ne pas y prendre la même pierre que la dernière fois. Et, tout en la suçant, je réarrangeais les autres pierres, comme je viens de l'expliquer. Et ainsi de suite. ... " 

lundi 3 juin 2013

"Quel est ce visage" approche 1

" Qu'est-ce qu'un visage
   sans identité
   sans nom
   un visage qui n'est visage
   que par ressemblance avec
   un visage

   une simple face
   posée sur rien
   quelqu'un est là
   qui n'est pas quelqu'un
   qui n'est pas personne " 

Bernard Noël  ( Extraits du corps . Quel est ce visage )

dimanche 2 juin 2013

"Les objets effectifs"

" Les objets effectifs ne font que fixer les variations infinies que prennent les figures de l'espace et du temps sous l'effet de l'imagination. Ils fixent les schèmes en emplissant d'une masse résistante - indépendante - synthèse du moi et du non-moi . "  Bernard NOËL ( Extraits du corps)

dimanche 28 avril 2013

Attendre ...




S’asseoir devant la table où sont posés pinceaux et bols d’encre. Attendre, exprimer. Quoi ?
Il y a bien sûr tout ce qui m’entoure. Mon environnement. D’abord, un paysage ou des paysages. Paysage essentiellement celui des rizières, des bassins d’élevages aquacoles bordés de palmiers d’eau. Un horizon plat où le regard peut se perdre à l’infini. Des touffes de bambous, la gracile  verticale des palmiers aréquiers. L’eau, la terre intimement mêlées. Et puis des hommes, des femmes dont l’hospitalité m’est devenue familière. Des enfants sur le chemin d’une école. Une vieille femme assise sur le seuil d’une petite maison.
Observer la moindre variation de la lumière sur l’ondoyant tapis de la rizière. Sentir la brise de mer qui se lève à 14h précises. Ecouter une musique lancinante, le chant moqueur d’un oiseau, le cri d’une marchande ambulante.
Intuition qu’il s’agit de bien autre chose, qu’il y a un au-delà de ce paysage, un au-delà de ces bruits, de ces odeurs, un au-delà de ces rencontres.  
Saisir toutes ces choses insignifiantes. Les éléments les plus anodins de mon quotidien suscitent des émotions dont je cherche à garder l’empreinte. La trace de ce qui me relie au monde dont je ne suis qu’un infime élément. 
30 avril 2013

lundi 18 mars 2013

Printemps



encre sur papier (Laos) , 25 X 35 . 

En début d’après-midi le ciel est devenu d’un gris pale que seuls quelques vols d’échassiers blancs traversaient. Une brise humide venue de la mer emportait la fumée bleue d’un feu d’herbes sèches qu’un homme avec sa houe s’activait à entretenir. Dans le tapis ondoyant de la rizière, on avait planté ici et là des lances de bambou au bout desquelles s’agitaient quelque  cape imperméable en plastique coloré.  L’une, jaune, se gonflant telle une énorme baudruche prenait des allures d’un danseur maladroit à côté de cette autre bleue qui se tortillait frénétiquement sous les encouragements de deux ou trois autres dont les bras se dressaient par saccades. Les touffes de bambous ployaient à l’entrée du jardin où se dispersaient les feuilles qu’il faudrait balayer le lendemain lorsque l’averse aurait cessé. ( 18 mars 2013 )

samedi 16 mars 2013

Route Ho Chi Minh

L'océan végétal se mit à bruire et les arbres qui dominaient de part et d'autre la route dévoilaient le revers argenté de leurs feuilles donnant l'impression d'un vol de petits poissons. De la vallée montaient de lourds nuages gris-bleu sombres cernés d'une lumière pale. Une pente raide et poussiéreuse descendait vers la route. A mi-pente on voyait une troupe d'hommes et de femmes sarcler la terre à l'aide d'outils robustes et rudimentaires. ( route Ho Chi Minh )
( papier du Laos, encre et brou de noix ) 

vendredi 8 mars 2013

De Mdr à Rip

Mdr mort de rire
Vouais, mort de ça
ou d'autre chose
mon ombre s'efface vite
le soleil décline et moi avec
et ça me fait pas rire
pas de risque pour cette fois
à moins que je pète de rire
pffff ça fait Pdr dans le fond
et pdf c'est péter de quoi
ou deux fois
et lol comme Lolita
juste une ombre au tableau
un rêve quoi
une ombre de quelque chose qui s'efface
que j'essaie de tenir
de retenir
cette ombre
y a rien à faire elle s'efface
pour ça je me suis mis à peindre
pour tenir
pour retenir cette image
et rire in petto Rip !
8 mars 2013

mercredi 6 mars 2013

Dans vos papiers






papiers utilisés dans le culte des ancêtres ( 20x24) , encre