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lundi 18 mars 2013

Printemps



encre sur papier (Laos) , 25 X 35 . 

En début d’après-midi le ciel est devenu d’un gris pale que seuls quelques vols d’échassiers blancs traversaient. Une brise humide venue de la mer emportait la fumée bleue d’un feu d’herbes sèches qu’un homme avec sa houe s’activait à entretenir. Dans le tapis ondoyant de la rizière, on avait planté ici et là des lances de bambou au bout desquelles s’agitaient quelque  cape imperméable en plastique coloré.  L’une, jaune, se gonflant telle une énorme baudruche prenait des allures d’un danseur maladroit à côté de cette autre bleue qui se tortillait frénétiquement sous les encouragements de deux ou trois autres dont les bras se dressaient par saccades. Les touffes de bambous ployaient à l’entrée du jardin où se dispersaient les feuilles qu’il faudrait balayer le lendemain lorsque l’averse aurait cessé. ( 18 mars 2013 )

dimanche 28 octobre 2012

Rencontres matinales



Dimanche 28 octobre 2012, 5h du matin.
Comme chaque matin, c’est le son criard du haut-parleur local qui me réveille ou plutôt me tire complètement et définitivement du demi-sommeil où je suis. Il ne pleut pas. On le sait facilement en tendant un peu l’oreille. Les jours de pluie comme les deux jours précédents, le bruit de l’eau dégoulinant des toits nous signale qu’il est inutile d’espérer une éclaircie. Ce matin, assuré qu’il ne pleuvra pas, il n’est pas encore la demie de 5 heures,  je suis sur la petite route où j’ai l’habitude de courir. Le jour se lève. A l’horizon, les nuages violet indigo, gris de Payne traînent dans un ciel de cuivre rouge. La chaussée est encore  bien mouillée par les pluies de la veille et je dois zigzaguer entre des flaques. Dans les rizières inondées, les chaumes laissés après la récolte dessinent de fins liserés sombres.Une troupe caquetante de canards s'y précipite avec envie poussée par la longue perche de bambou au bout de laquelle la gardienne à accroché un sac en plastique. Les quelques femmes que je croise régulièrement à hauteur de l’école du village me saluent d’un sourire indiquant qu’elles aussi ont été privées de leur promenade matinale. Je descends la route direction le hameau numéro 7  vers la mangrove de palmiers nypa. Sur sa mobylette chargée de paniers et de bassines, la marchande de crevettes part au marché. Une femme réchauffe sur un trépied la soupe que ses habituels clients vont venir prendre au petit-déjeuner. Des hommes rejoignent leurs amis pour partager le premier café, les premières cigarettes et la première partie de cartes. Ces cafés n’ont rien des cafés tels qu’on en voit dans les pays occidentaux ou dans les grandes villes. Il s’agit d’une maison d’habitation devant laquelle on a monté une charpente de tubes métalliques recouverte de tôles, quelques tables et tabourets en plastique pour mobilier. Lorsque j’arrive sur la digue en béton qui traverse la mangrove de palmiers d’eau, le soleil se montre déjà à travers les nuages bleus céruléens dans un ciel rose orangé. Trois vieilles femmes accroupies se détournent un instant de leur bavardage pour répondre à mon «  Chao bà » (Bonjour mesdames) étonnées que je les salue en vietnamien. C’est par un « hello » que me salue plus loin un petit garçon ! Rencontres habituelles avec la marchande de lait de soja et celle qui porte sur l’épaule sa palanche chargée de liserons d’eau. Le marchand de pain sur son vélo, bleu de travail et casque blanc de chantier, annonce son passage « banh my day » (du pain ici). Un couple de voisins attache les vrilles de haricots sur un treillis de bambous. Ils sont tous deux bien que très âgés restés d’une souplesse étonnante. Lorsque j’ai terminé ma boucle pour revenir à la maison, chaque chose est baignée d’une lumière jaune impalpable. Brève éclaircie néanmoins car bientôt une fine pluie vient nous rappeler que nous sommes bien en saison humide.

mardi 18 octobre 2011

Laisser venir .

Il pleut dru. Parfois en gouttes serrées, fines, silencieuses , ininterrompues. Parfois, en gouttes larges, lourdes, chargées d'eau qui s'écrasent bruyamment transformant en un instant la terre en un torrent boueux. Sous le ciel gris laiteux, le miroir étale des rizières inondées n'est habité que par une horde de canards blancs. A l'horizon, tout se confond dans un écran d'indigo. Saison de mousson. Saison des pluies, bienfait du ciel. Attendre, laisser venir des jours de couleur.

mercredi 31 août 2011

Chronique d'une rizière . Matin.

encre et fusain sur papier "do" ( 31 x 64) - 31/08/2011

Moments où le quartier s’éveille. Des bruits d’abord. Familiers et qui deviennent comme un rituel nécessaire. Les coqs, bien sûr, les premiers. Une moto qui démarre juste avant l’hymne diffusé par les haut-parleurs qui enchaînent les informations et les airs de musique traditionnels. Incitation à sortir pour le jogging quotidien. Enchaînement des rencontres :des hommes déjà attablés devant un café noir, trois femmes –ou quatre parfois- dans leur promenade et leurs bavardages, une moto chargée d’improbables paniers, des groupes d’écoliers (ao dai blanc pour les filles) ,le marchand de pain et la marchande de soupe, un pêcheur, des chiens, une femme balaie devant chez elle, celle-ci déjà active dans le potager, les vieilles adeptes du « taï chi »avec leur radio cassette, un homme –toujours le même- dans son champ de liseron d’eau me fait signe .Ce matin , cours de vietnamien. Puis travail dans l’atelier. Un orage éclate dans l’après-midi. La saison des pluies approche.

samedi 30 juillet 2011

Futilités

encre,brou de noix,indigo sur papier "do" ( 20 x 30 ) .
Le village revenu . Eloigné un temps devenu comme une vacance habituelle. Puis le retour. Retrouver ce qu'on a laissé ,une maison, un jardin à rafraichir, des amis à saluer. Reprendre des habitudes. Un réveil avec les premières lueurs du jour. Musique criarde et vociférations nasillardes du haut-parleur. Aller courir. Le parcours habituel, les femmes à vélo où vont-elles si tôt, les hommes au café, la marchande de soupe et les cinq vieilles avec leur bâton qui viennent faire leurs exercices . Jardiner, enlever les mauvaises herbes, tailler, retourner un coin de terre. Rizière , rien ne se passe . Le riz pousse ,on arrose , on surveille de loin en loin. Soleil et chaleur étouffante de juillet , incitation au rien faire. Y compris ne pas peindre, à quoi bon. Jusqu'à recevoir un signe lointain venu d'un ami américain. Un poème , " Futility" . Qui se finit ainsi : " And the wind never ceases to blow" . Le vent ne s'arrète jamais.

vendredi 10 juin 2011

Chronique d'une rizière - été -

C'est l'été . Début mai, on a moissonné la première récolte et aussitot on a préparé la rizière pour une nouvelle récolte qui se fera en septembre avant la saison des grosses pluies. D'abord, brûler le chaume et retourner la terre pour enfouir cet engrai naturel. Inonder avant de retourner à nouveau . Puis aplanir le fond de la rizière . Enfin, semer .
  Maintenant, les jeunes pousses ont transformé la rizière en un beau tapis vert. Il importe d'en prendre soin . Irriguer régulièrement et exterminer les parasites pouvant compromettre la récolte . Le riz est un bien précieux.
Le soleil est brulant aux heures les plus chaudes de la journée. Aussi, dès les premières lueurs du matin, on est au travail. Hommes et femmes.
Labourer,araser,irriguer,semer . On s'active . La récolte est promise.
Les gestes toujours les mêmes. Entretenir les bords de la rizière et en consolider les diguettes à l'aide de la houe. Semer à la volée , avançant d'un pas d'échassier selon une ligne imaginaire et laissant derrière soi le pointillé de l'empreinte des pieds . Vaner et sècher le grain de la précédente récolte .
Hoi An , Câm Thanh; le 10 juin 2011.
Encre de Chine et crayons sur "giây do " ( papier artisanal du Vietnam ). 20 x 30 .

vendredi 5 novembre 2010

Chronique d'une rizière :le génie des eaux .

encre de chine,pigments,craies graphite sur papier "do" ( 42 x 65 )

Il pleut.Depuis combien de jours ?Je n'arrive pas à compter.Depuis une éternité.Inquiet.
J'observe,je traque les prédictions météorologiques à l'horizon des nuages.
Il pleut.La rizière inondée a des allures de lagune où les buffles seraient les vaisseaux.
Quelle quantité d'eau un nuage peut-il contenir?
Quelle quantité d'eau la terre peut-elle absorber?
Une légende raconte qu'un génie des eaux revient chaque année se quereller avec un génie des montagnes.Ancienne rivalité pour les beaux yeux d'une princesse annamite.
Et si ,par malheur,le génie aqueux venait à vaincre son rival agraire ? Oiseaux de mauvais augures ... Sans compter l'alliance rassurante des hommes avec le génie montagnard.
Ils ont la sagesse de laisser un temps au génie hydrique de pisser tout son soûl.Le génie des hommes est plus grand qui les fait avec patience rebâtir digues et ponts .