mardi 18 octobre 2011

Laisser venir .

Il pleut dru. Parfois en gouttes serrées, fines, silencieuses , ininterrompues. Parfois, en gouttes larges, lourdes, chargées d'eau qui s'écrasent bruyamment transformant en un instant la terre en un torrent boueux. Sous le ciel gris laiteux, le miroir étale des rizières inondées n'est habité que par une horde de canards blancs. A l'horizon, tout se confond dans un écran d'indigo. Saison de mousson. Saison des pluies, bienfait du ciel. Attendre, laisser venir des jours de couleur.

dimanche 16 octobre 2011

Debout devant ma fenêtre

 encre et pigments, fusain sur "giây do " (papier Vietnam) ; 50 x 70 .

Nuit de vent jour de pluie gris
Debout devant ma fenêtre blues
J'ai mis du rouge un peu de jaune .

vendredi 14 octobre 2011

Repères

encre de Chine, pigments, fusain  sur "giây do " (papier vietnamien) - 50x70



jeudi 13 octobre 2011

Quelque chose qui est presque rien

                                            encre et broux de noix, indigo sur "giây dzo " ( 20 x 30 )

Je dormais. Nuit de pleine lune . Par l'entrebâillement d'un rideau, un pale rayon de lune est venu se poser sur le lit. Je me suis réveillé, je sentais qu'il était presque l'heure à laquelle j'ai l'habitude de me réveiller. Mais je ne bougeais pas. Les coqs ont chanté puis j'ai entendu une moto qu'on démarrait. Des chiens l'ont accompagnée un moment. Le village s'éveillait et les activités quotidiennes reprenaient. Immuablement, à cinq heures, la musique  a annoncé les informations diffusées sur les hauts-parleurs. Je savais par expérience ce que je pourrais voir et rencontrer si je décidais de sortir. Mais je ne bougeais pas. Je savais les femmes à vélo avec leurs bidons de "nuoc mam", les paniers de poissons, la marchande de soupe au carrefour et le vieux sur son vélo qui vend le pain, les écoliers en pantalon bleu , les filles fines en "ao dai" blanc. Je savais ces gens. Je ne bougeais pas et je pensais à notre fille qui aujourd'hui a 21 ans.

jeudi 6 octobre 2011

Taches

Encre de Chine sur " giây do" ( papier Viêt Nam ) . 20 X 30 . 



dimanche 18 septembre 2011

Mousson, moisson...

encre et pigments sur papier "do" ( 58x94)

Mousson. Moisson. Le ciel est respectueux. Le génie de la pluie a pour quelques jours consenti une trêve. Moissonner est urgent. Changement de décor.
Engin motorisé . Epis coupés . Grain séparé, emballé. Derrière, les chaumes jaunissent. Fond vaseux, veines d'eau noirâtre. Terrain de conquête envahi de troupes caquetantes et frétillant la queue. "Cap cap cap"! ... Pas "coin coin coin"! Bientôt les vols d'aigrettes reviendront. Une ou deux venues déjà en éclaireuses.  Devant chaque maison, sur la route, on étale de larges bâches pour y mettre à sécher le grain. Cela donne des installations colorées où le râteau dessine un mandala. Grain qu'on sèche, qu'on évente, qu'on stocke sous la véranda. Fruit de quatre mois de travail et d'attente chichement rémunérés. Deux cent kilos de paddy , une centaine de nos euros!

jeudi 15 septembre 2011

S'arrêter, prendre le temps...

Je me suis arrêté au jardin. Une araignée tissait sa toile. Fascinant spectacle d'une incroyable géométrie spatiale. Elle se laisse tomber le long d'un fil invisible puis remonte jusqu'à un point qu'elle semble avoir marqué. Son centre autour duquel elle va tisser les fils avec une incroyable régularité. Comme si elle agissait selon un programme imaginé par un génial informaticien. Sa progression est comme une danse rythmée, les doigts agiles de la dentelière. Et puis, je suis retourné dans l'atelier.

lundi 12 septembre 2011

Habiter

encre et pigments sur papier ( 60 x 105 )
Il fait à peine jour. Sorti de la ruelle au bout de laquelle est notre maison, je prends invariablement le même parcours. Passées les maisons, petits cafés ou petites épiceries,puis l'école, une large étendue de rizières. Je laisse le gros bâtiment des services municipaux et descends jusqu'au hameau 7. Les villages sont administrativement divisés en hameaux, chacun  repéré par un numéro. Nous habitons le hameau 5. Les hameaux 7 et 8, sont habités par des familles pauvres de pécheurs. Les maisons y sont modestes. Petites maisons basses , une pièce principale sur laquelle donne la véranda, sur le côté une autre pièce jouxte la partie servant à la cuisine et s'ouvrant sur le jardin. Le toit est de tuiles, souvent tuiles de ciment moins chères, de tôles ou de feuilles de latanier. Les lataniers sont ces palmiers d'eau qui poussent comme une forêt dans l'estuaire de la rivière. On coupe les larges palmes. Les nervures assemblées servent à construire les murs de petites maisons; les feuilles tressées couvrent le toit. Plus loin, en revenant vers notre quartier, quelques  maisons plus cossues récemment construites affichent une certaine idée du luxe dans la variété des couleurs vives.Tout cela cohabite, se serre entre rizières, champs de maïs ou d'arachide, terrains herbus où broutent deux ou trois vaches maigres, bassins d'élevage de crevettes. Tout cela dans un même petit village.La maison à étage ou celle plus traditionnelle en rez de chaussée, l'échoppe du coiffeur réduite à une simple baraque en latanier,l'abri en bambou qui tient lieu d'étable. Tout cela dans la plus simple diversité. Et tout cela est habité par une population qui ne marque pas de barrière entre la vieille femme dans sa petite maison et le couple plus moderne dans sa villa. Un village monde où chacun vit en paix et en harmonie avec l'autre. Un village monde propre à se rapprocher des hommes.

mardi 6 septembre 2011

Senses of landscapes

For most of us, painting is the expression of seeing, but seeing implies that we must keep a good distance from the world, distance which separates us from what shapes us.
What can we say about Jean Cabane’s assertions?
If Jean Cabane’s landscapes capture us, it is because they unroll as did the “Maps of Love Land” in the 17th century - those maps that portrayed an affective and affected geography of the world. We also feel part of them because they evoke and qualify the experience (and not the proof) of things!
When we observe this span of lives, all their elements structure a world that refuses to leave us out! They remind us that we are an integral part of what we see, focussing our interpretation on the crossing of horizons.
A sort of cloudlike memory which allows each observer the certainty of place, and the assurance to name and recognize it, never straying from Jean Cabane’s topic.
Of course, Jean Cabane’s paintings talk of himself, of the sensitivity of a man born in the “garrigues” and the colours of the Gard region in France, whose life was made of promises of light and abundant cultural encounters.
These last few years, Jean has been living with poetry this portrayal of Vietnam where everything is a blend of earth and sky.
One is struck by Jean’s capacity to show us the essence of these landscapes.
Indeed, these paintings speak of us by making us reflect upon another experience of the place we find ourselves in.
To create space, one must be aware of the triangle that links us, the world, and the place from where we observe the environment which constitutes us and the sky that shelters us. If these paintings cherish the landscapes, they also invite us to take our time to discover them. They encourage us to an experienced pace and a true awareness of closeness, as an invitation to a voyage.
We receive everything as a gift, the generosity of this painter superbly prefiguring the gracious hospitality of Vietnam.

Florence Morali
Ecole d’art de Toulon Provence Méditerranéee
March 2011



mercredi 31 août 2011

Chronique d'une rizière . Matin.

encre et fusain sur papier "do" ( 31 x 64) - 31/08/2011

Moments où le quartier s’éveille. Des bruits d’abord. Familiers et qui deviennent comme un rituel nécessaire. Les coqs, bien sûr, les premiers. Une moto qui démarre juste avant l’hymne diffusé par les haut-parleurs qui enchaînent les informations et les airs de musique traditionnels. Incitation à sortir pour le jogging quotidien. Enchaînement des rencontres :des hommes déjà attablés devant un café noir, trois femmes –ou quatre parfois- dans leur promenade et leurs bavardages, une moto chargée d’improbables paniers, des groupes d’écoliers (ao dai blanc pour les filles) ,le marchand de pain et la marchande de soupe, un pêcheur, des chiens, une femme balaie devant chez elle, celle-ci déjà active dans le potager, les vieilles adeptes du « taï chi »avec leur radio cassette, un homme –toujours le même- dans son champ de liseron d’eau me fait signe .Ce matin , cours de vietnamien. Puis travail dans l’atelier. Un orage éclate dans l’après-midi. La saison des pluies approche.

mercredi 10 août 2011

Chronique d'une rizière . Voyage à Huê .

encre et fusain sur papier "do" ( 31 x 64 )

En voyage vers Huê, le paysage défile. Passé le tunnel de Hai Van, la lagune de Lan Co.Le bus traverse des villages, klaxon, camions, bus, motos. Un groupe de jeunes adolescentes sur leur vélo, retour de l'école. Un marché déborde sur la route, ralentir. Deux vaches se serrent à l'ombre bricolée d'une branche attachée à un poteau électrique. Une mare, canards et pécheur sous son parapluie. Rizières vertes. Un autre bourg, un autre marché, encore ralentir et klaxonner. A droite, entre la route et l'horizon bleu d'une bande littorale, une lagune. Quelques sampans. des abris de pécheurs, un cabestan où pendent les filets. Armés de lance-pierre en élastiques les gamins courent sur le bas-côté à la chasse aux oiseaux. Trois femmes (ou cinq, six) accroupies, une marchande de poisson. Maisons basses, toits de tôles ou tuiles de ciment. Frange de montagnes vert bleu à gauche qui parviennent à deux ou trois reprises à obliger la route à quelques lacets. Camions qui peinent dans ces côtes. On double. Un pont chaotique enjambe les eaux troubles d'une rivière alanguie. Une courte averse, non il ne pleuvra pas sur Huê... Il fait chaud, c'est l'été. Demain, les enfants de l'orphelinat pourront jouer dans les piscines du parc aquatique où nous les amènerons. Cette idée rend notre voyage plus agréable .

vendredi 5 août 2011

Comme un magicien fatigué

encre et pigments sur papier ( 42 x 65 )

" Pour ce qui est des paysages, je crois devoir signaler qu’il en est de deux sortes. Des premiers, on peut dire qu’il sont purement physiques ; ils évoquent des lieux, des sols, des sous-sols parfois, d’une manière très concrète […] mais les expérimentations ont parfois abouti à des aspects bizarres, où le faux se mêlait au vrai, où le paysage prenait un air absurde évoquant quelque sorte de création avortée ou inachevée qui serait due, par exemple, à un magicien fatigué."         Jean Dubuffet